mais ENCORE


Suite PMA en Espagne(3)
21-9-2011
Nancy

Le BCNClub tient à remercier Chrystelle et Nathalie pour leurs témoignages, de même que Laure Camborieux, présidente de l'association MAIA.

Dès à présent, nous leur laissons la parole.

Chrystelle -
« Grâce à la procréation médicalement assistée, nous avons pu avoir une petite fille qui a maintenant 2 ans et demi. C'est donc un sujet qui me tient à coeur et qui est lourd d'émotions aussi bien heureuses que tristes.

Nous avions presque abandonné tout espoir d'avoir un enfant après une expérience de suivi médical décevant aux Pays-Bas où nous habitions avant de venir à Barcelone. En fait, notre déménagement sur Barcelone nous a redonné espoir car nous connaissions la renommée de ses cliniques quant à la procréation médicale assistée. Nous nous sommes adressés à la Clinique Dexeus sur la recommandation d'une amie catalane qui avait elle-même réussi à avoir son deuxième enfant grâce à une FIV chez eux. Nous avions décidé de passer par une clinique privée afin de pouvoir commencer une procédure le plus rapidement possible (j'avais plus de 36 ans). Au vu de l’expérience positive de mon amie, j’ai voulu consulter le même spécialiste qu’elle.

C'est un parcours difficile où l’état psychologique de la femme joue un rôle important et j'avais besoin d'être en confiance avec mon docteur. Le suivi a été très professionnel et complètement adapté à notre situation. Après un premier traitement hormonal qui n’a pas donné les résultats escomptés, notre médecin a complètement changé de traitement. Cela s’est avéré la meilleure décision possible car cela a abouti à une grossesse que j’ai pu mener à terme.

Par contre, au niveau suivi psychologique, rien ne nous a vraiment été proposé. Ça n'a jamais été un problème pour nous car le suivi médical se passait bien et la deuxième FIV a été couronnée de succès. L'approche est somme toute assez distante, et il est important d'avoir un petit réseau personnel pour parler de la procédure en cours. Il a fallu un peu plus d’un an entre le moment où nous avons consulté et le début de la grossesse. Cela dépend bien sûr du nombre d'examens et d'analyses à faire avant de pouvoir vraiment commencer un traitement.

Il vaut mieux disposer d'un budget conséquent avant de s'engager. Pour une FIV menée à terme, il faut compter environ 4500 euros (sans compter les frais de déplacements et d'hébergement si on habite pas sur place). Je crois que les prix sont plus ou moins comparables entre les différentes cliniques privées. Au niveau du traitement, seuls les médicaments utilisés pour la stimulation sont pris en charge par la sécurité sociale espagnole (quand on est résident en Espagne). Et, bien sûr, à chaque nouvelle tentative, il faut compter à peu près autant.

Lors des différentes visites que j'ai faite à la clinique pendant cette année-là, je me suis rendue compte qu'il y avait beaucoup de couples qui venaient spécialement de l'étranger pour être suivis à Barcelone. Et je crois que pour des couples français qui n'ont pas eu la chance de mener de FIV à terme en France, venir consulter à Barcelone peut être une alternative.

J'ai vraiment eu l'impression qu'ici on mettait tout en oeuvre pour que cela marche. Alors qu'aux Pays-Bas, j'ai eu l'impression qu'on suivait des processus pré-établis qui n'étaient pas forcément adaptés à ma condition. Mais c'est toujours plus facile de faire des recommandations quand on a eu soi-même une expérience positive ! »

Nathalie -
« Ma situation est un peu particulière car je suis en couple avec une femme depuis 4 ans, et nous vivons depuis l'été dernier à Barcelone, pour le travail de ma compagne. Le désir de fonder une famille était fort depuis longtemps, et le travail de ma compagne nous permettant de bouger, nous cherchions un lieu où l'on pourrait faire un enfant.

Nous avons commencé les démarches l'été dernier, via internet.
J'ai un couple d'amis en PMA (pas en Espagne) qui fait partie de l'association MAIA. Je me suis donc inscrite, et c'est par l'association que j'ai eu des renseignements et des avis de patientes sur la clinique Eugin. Renommée, tarifs peu excessifs comparativement à des cliniques comme IVI, Instituto Marqués, etc..., et à proximité géographique de notre nouvel appartement. Je suis allée sur leur site, et j'ai obtenu un devis. L'insémination artificielle avec donneur, IAD, coûte environ 1500€.

J'ai appelé la clinique, et nous avons eu rendez-vous en septembre. Malheureusement, ici à Barcelone, le coût des examens préliminaires à ce 1er rendez-vous est très élevé. Nous avons donc pris plusieurs mois pour étaler la dépense, et sommes finalement allées au 1er rdv fin octobre 2010. Aujourd'hui la somme est réunie et nous avons repris contact avec eux pour effectuer l'IAD au prochain cycle, soit en mai.

Nous n'avons bien sûr rien tenté en France, car en tant que couple lesbien nous n'y avons pas droit. Le PaCS exclu toute notion de famille. En France, nous ne sommes que deux personnes du même sexe qui ont un contrat de cohabitation et d'imposition commune. Nous sommes constitutionnellement inférieur à un couple hétérosexuel qui lui a le droit de se marier et de fonder sa propre famille.

À aucun moment nous n'avons rencontré de soutien psychologique. Je sais à travers les femmes rencontrées via l'association MAIA, que ce soutien n'existe pas. Le couple d'amis que je mentionnais plus haut a vécu 10 ans de PMA sans jamais rencontrer de psychologue.

En résumé, si ma compagne et moi avons demandé du temps à la clinique Eugin, pour cause financière, en réalité cela peut aller très vite quand il s'agit de don de sperme, il n'y a aucun délai d'attente. Une de mes amies a eu son 1er rendez-vous en octobre, pour une insémination en novembre, et une seconde en janvier. Ces deux échecs consécutifs sont très douloureux pour elle, et l'absence de soutien psychologique est là à déplorer ».

Laure Camborieux, présidente de l'Association Maia -

« Toute mon énergie suffisait tout juste à sauver les apparences socialement et au boulot, et encore j'y arrivais pas vraiment, l'impression que rien ne va jamais s'arranger et que je ne suis bonne à rien, et que m'appesantir sur ma propre souffrance ne sert à rien mais que je ne sais plus faire autrement. » Sandrine, 32 ans.

Les conséquences psychosociales de l’infertilité : stress, anxiété, dépression, isolement social et familial, etc. sont largement sous-estimées et doivent impérativement être prises en charge. Le manque d’accompagnement psychologique, par manque de moyens dans les centres d’Assistance Médicale à la Procréation (AMP), laisse les coupes seuls face à leurs questions, à leur incertitude et leurs angoisses.

Le livre « Un possible enfant » (2010, Association MAIA, Editions Télémaque) témoigne avec force des effets pervers d’une approche purement technique, laissant l’humain de côté.

Fréquemment, on compare le parcours d’infertilité à des « montagnes russes » émotionnelles où les personnes alternent entre des phases optimistes et des phases de découragement massif, pouvant conduire à la dépression ; mais notre expérience de l’accompagnement des couples infertiles, depuis 2001, nous montre que cette spirale désastreuse n’est pas inéluctable.

L’Association MAIA offre aux personnes infertiles un espace de parole unique, sans jugement, leur permettant de rompre l’isolement dans lequel elles se trouvent, de retrouver espoir et d’envisager de nouvelles possibilités. Elle leur accorde ce répit, cette paix nécessaire pour prendre du recul par rapport à leur vécu et se réapproprier leur parcours.

L’association MAIA agit pour que l’infertilité soit prise en charge dans sa globalité, et que de véritables moyens soient donnés pour un accompagnement psychologique de qualité : chacun doit avoir l’opportunité de recevoir aide et soutien au sein du centre d’Assistance Médicale à la Procréation.

L’association MAIA a pour buts de :

1.Aider les couples infertiles.
Accueillir et informer les couples par rapport à leur infertilité, leur traitement (conseils, accompagnement, partage d'expériences).
Aider psychologiquement (accueil téléphonique, discussion de groupe).
Aider à la réflexion sur l'infertilité, la parentalité après don de gamète ou adoption …
Dialoguer avec les équipes d'AMP (biologistes et cliniciens).

2.Sensibiliser le public aux problèmes liés à l'infertilité.
Agir en direction des médias pour informer sur la détresse des couples, la pénurie de donneurs, et pour corriger les images négatives.
Informer : campagnes en faveur du don d'ovocyte, en relation étroite avec le Ministère de la Santé et d'autres associations de couples infertiles (en projet).

3. Veille scientifique sur les progrès de l'AMP.
Rechercher des publications sur Internet.
Diffuser des informations sur l'infertilité, les causes et les solutions via le site internet de l'association,
Participer aux conférences scientifiques pour informer les adhérents.

4. Participer à la modification de lois de l’AMP dans l’intérêt des patients

5. Informer sur les possibilités d’adoption en France et à l’étranger

6. Participer à l’harmonisation des lois au niveau européen

7. Apporter une aide juridique aux adhérents