Le site des expatriés à Barcelone

Ces enfants que l’on expatrie !

« Je ne suis ni libanaise, ni française. En fait, je ne suis rien. On habite en France, mais je ne m’y habitue toujours pas, car je pense encore au Liban. Entre les deux pays, rien n’est pareil. C’est difficile pour moi ».louise 9 ans


-  Les mots sont forts, et malgré son jeune âge, le trouble est perceptible. Cette petite française « de souche » a vécu une partie de son enfance au Liban.
Aujourd’hui elle est de retour en France, et la transition est difficile. « Qui je suis ? », « D’où je viens ? »
Louise n’a pas la réponse. Et le problème est bien là. Ce que ressentent ces petits enfants d’expatriés bringuebalés de pays en pays est complexe. Problèmes identitaires, perte de repères. C’est leur lot quotidien.

(JPG)

Deniz Guyger est chercheuse à l’institut de Neuchâtel en Suisse. Son thème de doctorat porte sur l’étude de ces enfants d’expatriés français à l’étranger.
Pour elle, « ces enfants sont en constante recherche deleur identité propre.
Leur « pays passeport », c’est à dire la France, ne signifie rien pour eux. Ils ont tellement voyagé que leur culture est internationale. C’est parfois lourd à porter ».

(JPG)

-  Départ vers un pays lointain : la peur de l’inconnu Les enfants d’expatriés français sont avant tout des petits français comme les autres.
L’annonce du départ vers le pays inconnu fait très peur, notamment chez les plus petits. Paul est le grand frère de Louise. Il a aujourd’hui 12 ans, mais se souvient avec précision du jour où ses parent lui ont annoncé leur départ imminent pour Beyrouth.
« Je n’ai pas compris pourquoi nous devions partir. Je ne connaissais pas le Liban, cela me faisait très peur. j’étais perdu. Qu’allais-je devenir ? Pourquoi devions-nous quitter la France ? ».
« l’enfant est en pleine construction de sa personnalité. En France, il a ses repères, ses copains, sont école.
Devoir tout quitter est un choc pour lui. Une sorte de deuil de son ancienne vie.
Le problème, c’est que les parents sous-estiment la détresse de leurs enfants. Ils ne les préparent pas suffisamment aux grands changements qui les attendent ».

En effet, les parents sont si excités à l’idée de partir - la plupart du temps, leur départ émane d’un souhait qu’ils en oublient de rassurer leurs enfants.

-  Arrivée dans le pays inconnu : après la peur, le beau temps.
Paul, le petit français de Beyrouth, se souvient de son arrivée au Liban ; « sorti de l’aéroport, il faisait une chaleur à mourir. Les gens étaient différents, ils parlaient une langue inconnue, les panneaux incompréhensibles, les voitures énormes, les rues très sales ».
Passée la surprise du début, les petits français s’adaptent en général assez vite aux pays qui les accueillent.
En effet, tout est fait pour qu’ils s’y sentent bien. Un élément important : la communauté française est très présente à l’étranger.
De même, il existe près de 500 lycées français dans le monde (réseau AEFE), mais aussi beaucoup de lycées internationaux. S’y mêlent des jeunes de toutes les nationalités, de tous les horizons, avec un parcours similaire.
En général, l’adaptation est facile. La nouveauté apporte d’excellentes surprises : le climat différent, les paysages merveilleux, les aliments nouveaux et bons, les parents « surexcités »...
Par ailleurs, la plupart des enfants d’expatriés racontent que bien des années plus tard, leurs amis « internationaux » rencontrés dans un pays étranger le restent toute leur vie. Ils ont en effet cela en commun : l’expérience de l’expatriation.

(JPG)

-  Retour en France : la descente aux enfers Comme tous les expatriés, le passage par la case « retour en France » est incontournable. A nouveau, les enfants vont perdre les repères qu’ils ont eu du mal à acquérir.
Et c’est quasi systématique pour les enfants en constante itinérance (passage d’un pays à l’autre tous les 2 ou 3 ans). Chloé, 16 ans, se souvient de son retour en France après 3 années passées en Chine :
« j’étais complètement décalée par rapport aux français de mon âge. Leurs références cinématographiques ou musicales étaient à mil lieux des miennes. Je ne connaissais pas leur musique, ni leurs codes vestimentaires.
La plupart n’étaient pas sortis de la France, même pour les vacances. Moi, j’avais déjà fait 3 fois le tour du Japon, visité la Chine et les îles alentour.
C’était difficile de me faire comprendre et aimer. J’étais une extra-terrestre pour eux. Je passais même pour une menteuse lorsque je racontais mes aventures.
Mais c’est compréhensible ; qui peut se vanter d’avoir mangé de la soupe de tortue ou caressé des tigres blancs ? C’est pour toutes ces raisons que mon retour en France a été délicat.
Mais je me suis adaptée aux « autres français ». Mon parcours personnel m’a toujours obligé à m’adapter coûte que coûte, que je l’ai voulu ou non ».
« Ces enfants sont des immigrant cachés » Les enfants d’expatriés de retour en France sont des « hidden immigrant ». Des étrangers cachés, en français.
« Ils retournent dans un pays où ils n’ont presque jamais vécu. Ils se sentent comme des étrangers en nouvelle itinérance, sauf que ça n’est pas marqué sur leur front. De là naît l’incompréhension de l’entourage ».
Certains de ces enfants n’ont pas su ou pu s’adapter à leur retour au pays ; « il arrive que ces gamins perdent la tête. Déprimés, incompris, certains deviennent même violents. J’ai rencontré une petite fille qui est devenue querelleuse à l’école. Incomprise de ses camarades, décalée, la violence était une forme d’exutoire.
Elle a dû se faire aider par une pédopsychiatre afin de l’aider à retrouver ses repères ».

(JPG)

-  « Rien n’est fait pour aider ces enfants »
Tous les enfants ne vivent pas le retour à l’expatriation de la même façon. Pour les plus fragiles (souvent les très jeunes enfants ou les ados), aucune véritable aide professionnelle n’existe.
En France, pas de pédopsychiatre spécialiste des enfants en itinérance. L’état français, le premier employeur d’expatriés, ne prévoit aucune aide pour ces familles en retour d’expatriation.
Ils éditent un livret disponible sur Internet : « le guide du retour à l’expatriation ». Pas de réelle structure d’accueil non plus.
Rien d’étonnant à ce que les problèmes rencontrés par les enfants d’expatriés ne soit pas prise en compte. En France, aucune étude ne porte sur ces jeunes en mal d’identité.
Deniz Guyger, la chercheuse à l’institut de Neuchâtel (voir plus haut) s’y intéresse. « Mon travail est d’autant plus difficile que je ne peux me baser que sur des témoignages. Aucune étude ne porte sur ces enfants d’expatriés. Seuls les Etats-Unis y portent une attention particulière ».
Pourtant, ces enfants se sont demandés ou se demandent encore « qui je suis, ou d’où je viens ».
Paul, le petit français du Liban n’a toujours pas fait le deuil de son séjour là-bas...
De déménagements en déménagement, ce sont ses termes : « il faut bien se faire une raison ».

-  les enfants de la troisième culture - TCK third culture kids. mardi 4 septembre 2007 par Emilie DECAUDIN. Merci au site femmeexpat pour ce très bon article.

Forum

Venez réagir ou commenter l'article sur notre forum!!

S'inscrire à la newsletter

Votre adresse e-mail :

Haut de page | Articles | Contacts | Administration | Aviso legal | designed by boohstudio.com