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L’ADOLESCENCE : UN MOI DANS TOUS SES EMOIS

(JPG) Le mot « adolescence » vient du latin adolescere qui signifie « croître, grandir ». C’est la période de transition entre l’enfance (du latin Infans « qui ne parle pas ») et l’âge adulte (ayant acquis sa maturité sexuelle, susceptible de se reproduire) L’entrée dans l’adolescence est marquée par la puberté (vers 11-13 ans).C’est un phénomène physiologique qui se manifeste par des transformations corporelles.

Une histoire d’hormones Le système hypothalamo-hypophysaire dans le cerveau va soudain provoquer la sécrétion d’homonomes de façon importante au moment de la puberté donnant lieu aux transformations anatomiques.
-  mue de la voix chez le garçon,
-  développement des seins chez la fille,
-  pilosité, changement de la stature,
-  poussée d’acné, etc...

Ce qui induit une forte consommation d’énergie et souvent une grande sensation de fatigue au cours de cette période.

Si la puberté est le signal de départ de l’adolescence, celle-ci ne s’arrête pas avec la fin de la puberté : La puberté se termine entre 16 et 18 ans et pourtant, l’adolescence se prolonge jusqu’à 20-25 ans (voire au-delà !) C’est la prise d’autonomie (affective et/ou économique) qui vient signer la fin de l’adolescence et l’entrée dans la vie adulte - Théoriquement, la fin de la dépendance aux parents.

(GIF) Un corps en désordre

Certaines parties du corps se développent plus vite que d’autres et donnent des silhouettes temporairement « disproportionnées » C’est pourquoi, angoisses et complexes émergent souvent à l’adolescence et se focalisent sur ce corps soudainement « étranger ». Pour certains ados, le corps devient un ennemi, un « traître » car il est « peu fiable ».

Ces changements corporels et leur impact sur l’image du corps entraînent parfois des comportements particuliers : - désinvestissement du corps (refus de se laver) ou au contraire, - surinvestissement corporel (se regarder des heures dans le miroir) Ainsi, la question de la normalité est centrale dans la problématique adolescente puisque c’est l’image que lui renvoient le miroir et les autres. La sensibilité accrue et la dépendance inhérente à ce reflet ont des conséquences marquantes sur la construction de l’image du corps et de l’image de Soi. Tout le travail de l’ado sera d’accepter ces transformations sans se perdre. C’est-à-dire en maintenant intègre son identité, malgré cette image changeante.

(GIF) Un être en mutation

L’adolescence se caractérise par des transformations corporelles mais également affectives, relationnelles et sociales. En raison de tous ces changements, du fait d’être dans un entre-deux, l’ado fait l’expérience des contradictions, du paradoxe et de la souffrance que tout cela engendre : - Autonome et pourtant dépendant, - Individualiste et pourtant fasciné par le groupe, - Dans le doute mais aussi catégorique, - Tantôt altruiste tantôt égoïste...

Tout prend une allure de drame, c’est l’âge des extrêmes. Dans ce contexte, la moindre contrariété touche son estime de lui, toute remarque ou échec lui fait perdre le sentiment de sa valeur. Éminemment à vif, il teste en permanence l’amour qu’on a pour lui : Lui ne s’aime plus, il a besoin de sentir qu’on l’aime.

Sur le plan cognitif, l’ado accède progressivement à une activité réflexive, c’est-à-dire la capacité de penser ses pensées de plus en plus indépendamment de l’adulte. Ce changement est essentiel car l’ado est désormais capable (neurologiquement) de s’interroger sur ce qu’il pense, sur ce qu’il est. Il peut créer et développer ses propres pensées. Son esprit devient critique, c’est le temps des grandes théories, des débats sur la religion, la politique...

Il est souvent difficile pour l’ado de différencier clairement ses pensées de celles de l’adulte. Les discussions aboutissent souvent en conflit (il teste ainsi ses idées et s’oppose pour marquer sa différence).

(GIF) Sexualité et relations avec les parents La puberté fait entrer l’ado dans la sexualité adulte. Il est physiologiquement mature pour avoir des rapports sexuels et apte à la procréation. Cela change littéralement son rapport à l’autre, notamment à ses parents. Son regard change sur les autres, mais les autres aussi changent de regard sur lui.

Cette sexualisation du corps remet en question ce que l’on appelle le complexe d’Œdipe.(le complexe d’Œdipe est cette période entre 3 et 5 ans où généralement l’enfant « s’éprend » du parent du sexe opposé et entre en rivalité avec le parent du même sexe) Et du fait de sa maturité sexuelle, l’ado est amené à prendre des distances par rapport à ses parents.

(GIF) Socialisation La famille constitue le premier corps social pour l’ado. Malgré son désir d’autonomie, l’ado est tiraillé entre le besoin de solliciter son entourage familial (dépendance affective aux parents) et sa volonté de s’y abstraire. Le dehors devient progressivement sa principale source de satisfaction. En revanche, les groupes de copains ne se substituent pas au groupe familial mais restent complémentaires.

Ce qu’il ressent sans pouvoir l’exprimer(JPG) « - A l’intérieur de moi, ça bouillonne et je suis désolé mais il m’en faut peu pour m’énerver. Je manque de mots, je ne sais pas exactement ce qui se passe en moi, ce que je vais devenir et cela m’inquiète. Je perds le contrôle, donc je suis susceptible, irritable, et la colère vient à la place de beaucoup de sentiments. J’ai grandi et tu ne peux plus t’adresser à moi de la même façon, il y a des choses qui doivent changer. J’essaie de devenir adulte et autonome mais je ne peux le faire du jour au lendemain ; Aide-moi sans me lâcher complètement... mais peu à peu. »

(GIF) LA CRISE D’ADOLESCENCE

Addictions, conduite sans casque, sans ceinture, scarification, strangulation, tentative de suicide, etc... Les conduites à risque concernent la mise en danger de soi : risque physique, mais aussi risque psychologique. Ces risques varient en termes de gravité. Ils peuvent être minimes ou avoir des conséquences gravissimes. Le suicide et les accidents de la route sont les premières causes de mortalité chez les jeunes.

Le gout du risque n’est pas une spécificité adolescente, car les adultes prennent également des risques. Cependant à l’adolescence, la prise de risque sert à marquer l’indépendance, à vérifier l’interdit, en comprendre son sens, et donc transgresser.

Prendre des risques, c’est mettre sa vie en « je ». Cela peut vouloir dire : « je ne suis plus l’enfant de mes parents, je suis un être à part entière... c’est mon corps et j’en fais ce que je veux ! ».

Ainsi, les conduites à risque ont à voir
-  avec le corps. Ce peut être une manière de dompter ce corps nouveau, de mieux le connaitre et de découvrir ses limites.
-  avec l’image de soi. Elle renvoie à l’estime de soi (s’éprouver pour (se) prouver). Enfin, risquer sa peau, c’est parfois vouloir faire un acte héroïque, pour se distinguer des autres et être reconnu, être aimé.
-  avec le social : Se faire respecter, se faire admettre dans un groupe, sorte de rite d’entrée dans certaines bandes : « t’es pas cap de »

" Jouer avec sa vie fait partie de l’adolescence. Prendre des risques, c’est le moyen de conquérir sa vie et son avenir" (Marcel RUFIO -Pédopsychiatre - La maison de Solen -Hôpital Cochin)

(GIF) Crise d’adolescence ou véritables souffrances ?

Certaines conduites à risque font partie de la crise d’adolescence, d’autres témoignent d’un malaise ou d’une réelle souffrance. Une conduite à risque qui se répète est souvent un appel lancé à l’adulte : « regarde-moi, fais attention à moi, arrête-moi ».

Que convient-il de faire ?

Face à une conduite à risque, il convient de ne pas déprécier la valeur de l’acte mais au contraire, la reconnaitre. Il s’agit pour l’entourage, de trouver une juste limite entre deux extrêmes : - une dramatisation excessive et - l’indifférence qui peut être vécue comme un abandon. Autant on peut condamner un acte, autant il ne faut pas condamner l’adolescent. C’est différent de dire : « ce que tu as fait est idiot » et « tu es idiot ».

Les parents n’ont pas à cacher leur peur, mais reconnaitre que l’enfant a changé : « Tu as pris de grands risques. J’ai eu très peur ». « Je vois que tu n’es plus un enfant, je sais maintenant de quoi tu es capable »

(GIF) LE DIALOGUE AVEC LES PARENTS

Un sentiment domine : « on ne se comprend pas ». La communication semble aboutir constamment à un échec. Mais ce qui compte le plus, est peut-être que cette communication ait le mérite d’exister et que, si elle ressemble à un échec, elle est peut-être justement réussie !

Les parents qui perdent leur sang-froid ou qui désespérés, se replient, risquent de jeter de l’huile sur le feu. Néanmoins, ils peuvent aider leurs ados en établissant d’entrée de jeu, les comportements qui sont acceptables et ceux qui ne le sont pas à la maison.

Les ados ont besoin de parents qui peuvent demeurer fermes devant leur comportement incohérent et imprévisible.

Les réactions des parents devraient toujours prendre la forme d’opinions et d’observations plutôt que de jugements et de condamnations.

Enfin, en dépit de leurs doutes, les parents devraient toujours faire preuve d’optimisme et rassurer leurs ados.

« L’adolescent est comme le lierre : pour grandir, il a besoin d’un mur solide... avec quelques failles » Autrement dit, des parents avec leurs défauts, mais surtout qui tiennent la route.

Écrit par Pamela Afonso

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